Au commencement était le verbe

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« Monsieur Satgé, un huissier vous attend à l’accueil. »

Nous sommes le 10 août 2010, ce message est le premier d’une série d’événements qui explique l’origine des noms de nos solutions, noms qui en laissent beaucoup perplexes : Figgo, Cleemy, Pagga, Poplee, Timmi.

L’huissier me tend un papier. C’est une ordonnance autorisant une saisie-contrefaçon dans nos locaux. L’ordonnance fait référence à la marque UGO. Je me remémore alors une discussion que j’ai eu un mois auparavant avec cet éditeur dont la solution – UGO (pour Universal Groupware Organizer) – porte le même nom que notre application de congés (qui deviendra Figgo).

Lors de la création de ce nom, UGO, en 2004, je n’avais fait qu’une simple recherche sur Google pour m’assurer qu’il n’était pas déjà utilisé. J’aimais bien ce nom trouvé par Frédéric Pot, le co-fondateur de Lucca. C’est le prénom de mon fils (Hugo) et Frédéric expliquait qu’on pouvait aussi le comprendre comme « You go ». Il ne m’avait pas traversé l’esprit de le déposer. Trop tard. UGO est une marque maintenant enregistrée à l’INPI, mais malheureusement pas au nom de Lucca.

J’essaye de me dépêtrer de l’huissier qui semble plus habitué aux contrefaçons de marques dans le textile que dans le monde du logiciel. Il veut absolument saisir quelque chose, j’imagine qu’il cherche l’équivalent logiciel d’un stock de faux polos Lacoste ou de fausses Rolex ! Je lui propose de prendre des brochures produit. Cela ne le satisfait pas. Il me demande où se trouve le logiciel UGO, il veut le saisir… Après avoir hésité un instant à lui répondre qu’il est dans le Cloud – ce n’est pas vraiment le moment de faire de l’humour – je lui dis qu’il se trouve sur des serveurs mutualisés chez OVH, à Roubaix. 

Il n’insiste pas…

… Contrairement au propriétaire de la marque UGO – un certain Arnaud Le-Coz. 

Après avoir proposé de me vendre la marque UGO pour plusieurs dizaines de milliers d’euros, celui-ci – sous la menace d’un procès pour concurrence déloyale – a néanmoins réussi à me soutirer 16 500 euros pour de soi-disants dommages, et à me faire abandonner cette marque qui possédait déjà une petite notoriété auprès de plusieurs centaines de clients.

Le traumatisme a été fort. Nous avons alors décidé de trouver un nouveau nom pour Ugo, de le déposer, puis de faire de même pour l’ensemble de nos autres solutions.

J’ai été guidé dans le choix de ce nouveau nom par une remarque que m’avait faite une avocate, quand, jeune directeur financier, j’avais changé le nom de la startup qui m’employait de Erli en Lexiquest.  Cette avocate m’avait alors expliqué que le nouveau nom, Lexiquest, trop explicite, était moins fort et moins facile à protéger que le premier, Erli. Elle avait alors pris l’exemple d’Apple comme nom de marque bien choisi, car sans rapport avec le monde de l’informatique ou des ordinateurs.

C’est donc avec ce principe présent à l’esprit que nous sommes partis à la recherche de nouveaux noms.

UGO fut le plus difficile à remplacer. Quel nom choisir pour un outil de gestion des congés ? Nous avons fait appel à la société Creads qui venait de se lancer et qui nous proposait de “crowdsourcer” le nouveau nom.

Nous avons reçu plus d’une centaine de proposition, le gagnant étant Geko. Mais nous n’étions pas convaincus. Un consensus est apparu autour de « Wanago ». Le seul à ne pas partager cet engouement était Frédéric, à cette époque chef de produit Figgo.

Voici un extrait d’un mail de sa part pour le moins catégorique sur le sujet.

« C’est hard, mais je te l’ai déjà expliqué X fois que je ne n’aime pas et qu’UGO ne s’appellera pas Wanago (proche de Wanadoo … mes tests externes à Lucca me donnent des retours négatifs). (…) Malheureusement tu as dit que je décide donc je fixe mes règles qui sont autant subjectives qu’objectives.
Mes préférences vont vers des noms courts, simples, sans consonance trop forte anglaise ou française).
 »

 Les esprits commençaient à s’échauffer. Le 23 septembre 2010 à 17h48, le nom Figgo apparait au cours d’un brainstorm. Fred n’est d’abord pas vraiment convaincu (mail même jour, 18h05)

“Figo est une ancienne star de foot portugaise des années 2000 (Ballon d’or même). Si on voulait rester dans les stars actuelles il fallait choisir Messi.”

Mais le doublement de la consonne centrale emporte son adhésion, et donc finalement Figgo se fût.

Nous en avons profité pour baptiser les autres logiciels. C’est ainsi que notre module de gestion des notes de frais est devenu Cleemy, notre gestion du personnel, Poplee, notre coffre-fort dédié aux fiches de paie, Pagga, et quelques années plus tard, notre outil de gestion des temps a été baptisé Timmi.

Le lecteur attentif aura noté que nous n’avons pas respecté à la lettre la prescription de l’avocate susmentionnée, et que les noms choisis font allusion à l’activité du logiciel qu’ils référencent. L’allusion étant lointaine, je pense que l’avocate sus-mentionnée ne nous en tiendrait pas rigueur !

Globalement, les noms de nos solutions sont assez bien accueillis par nos clients. 

Ils sont d’abord un handicap, voire une source d’énervement, pour les prospects qui nous consultent pour l’ensemble de nos solutions (par opposition à ceux qui ne viennent que pour une solution bien précise). Ce n’est qu’à l’issue d’une période d’apprentissage qu’ils en viennent à apprécier le côté pratique de ces dénominations, il est plus facile de parler de Figgo ou Pagga, que du module de gestion des congés ou du coffre-fort électronique.

Nous sommes également attachés à ces noms car ils illustrent le fait que si chacune de nos solutions fait partie de la grande famille Lucca, elle ne se définit pas uniquement par son domaine fonctionnel.  Elle a aussi et surtout sa propre personnalité, sa couleur dominante, et une équipe produit dédiée qui la bichonne et la fait grandir. 

 « Ce sont les mots qui existent, ce qui n’a pas de nom n’existe pas. Le mot lumière existe, la lumière n’existe pas. »

Francis Picabia

Gilles - PDG
Diplômé de l’ESCP et expert-comptable mémorialiste, Gilles Satgé passe les 10 premières années de sa carrière chez Arthur Andersen. De 1997 à 2001, il assume des responsabilités de direction chez Lexiquest, Sterling Software puis Webnet. Avec Frédéric Pot, il fonde Lucca en mars 2002. Il s’occupe plus particulièrement de la conception des logiciels.

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