Mais on s’en remettra
Archive octobre 2024
Nous sommes en 2002. Dans votre télévision, un homme se déhanche dans son salon, au rythme d’une musique lointaine. Le type de danse que l’on pratique avec l’insouciance conférée par l’intimité, à l’abri des regards indiscrets. Sur le balcon d’en face, deux femmes exaspérées par ce spectacle ferment la baie vitrée, coupant net la musique. Stoppé brutalement dans son élan, le danseur interrompt sa chorégraphie pour se consoler avec un pot rempli de charcuteries industrielles … avant d’en renverser la moitié par terre. Une voix off conclut la scène : « C’est bon d’avoir les boules ».
Ce mois-ci, l’actualité RH était ponctuée de nouvelles qui filent, certes, un peu les boules, mais qui nous confèrent néanmoins la patience d’attendre des lendemains corporate qui chantent (ou qui dansent).
Amazon : Back to the office…
Alors que l’Institut National de Recherche et de Sécurité nous gratifie de quelques conseils pour prévenir les risques liés au télétravail, Amazon a planché sur une autre solution dans son coin. Toute aussi efficace, quoiqu’un peu plus radicale, elle consiste à supprimer la cause pour traiter les symptômes. En d’autres termes, le télétravail chez Amazon, c’est fini à partir du 2 janvier 2025 pour les employés des services administratifs. Côté justification, rien de neuf sous le soleil : c’est important d’être physiquement au bureau pour apprendre, concevoir, créer, renforcer la culture, collaborer, échanger et innover. Le cœur de métier des services administratifs quoi.
Une mesure perçue comme une tentative de licenciement déguisée pour certains salariés, forçant la démission des collaborateurs qui souhaitent conserver le télétravail. Mais cette décision est surtout le reflet d’une tendance chez les chefs d’entreprise. D’après une enquête de KPMG menée auprès de 400 PDG, 80% d’entre eux s’attendent à un retour des tous les collaborateurs au bureau d’ici 3 ans.
…et retour de The Office
Non content d’avoir tué le télétravail, Amazon a aussi ressuscité une série télévisée qui veut, à son tour, tuer le télétravail. En l’occurrence, l’arrivée prochaine sur Prime Video d’une version australienne de la série culte The Office. L’histoire prend place à Sydney dans la société d’emballage Finley Craddick. Quand la patronne des lieux apprend que sa succursale va fermer pour mettre tout le monde en télétravail, elle va user de tous les stratagèmes possibles pour garder sa « famille de travail » unie. Comprenez : les faire venir au bureau tous les jours.
Premièrement, est-ce que l’industrie du divertissement peut laisser les bonnes franchises mourir en paix ? Deuxièmement, les salariés forcés de reprendre le chemin du bureau chez Amazon apprécieront l’ironie du timing. Enfin, ce n’est jamais flatteur pour une entreprise de ressembler à The Office. C’est donc surprenant de diffuser une parodie du monde du travail qui ressemble à ce que vit Amazon. Parce que quand une parodie commence à égaler l’original, ce n’est pas la parodie qui est bien faite, c’est plutôt le signe que l’original commence à devenir ridicule.
Je t’aime mais je te quitte
Alors que vous pensez filer le parfait amour avec vos collaborateurs, un beau matin ils partent chercher un paquet de cigarettes et ne reviennent plus jamais. C’est ce que révèle le baromètre Lucca des aspirations professionnelles des salariés français. 61% des Français se disent satisfaits de leur vie professionnelle et 64% d’entre eux estiment être motivés au travail. En lisant ces chiffres on peut décemment penser que tout va bien dans le meilleur des mondes, pas vrai ? Mais c’est sans compter sur les 50% de Français qui envisagent pourtant un changement de métier.
En cause, un manque flagrant d’accompagnement à la formation : 73% des salariés pensent devoir développer de nouvelles compétences, mais seulement 20% abordent réellement le sujet avec leur manager.
« Fired Festival » : cascade de licenciements dans la Tech
La Tech va mal. À l’échelle mondiale, le secteur a supprimé 136 000 emplois depuis le début de l’année 2024, portant le bilan total à 566 000 licenciements depuis 2022. Et la France n’est pas épargnée puisque Spendesk annonce à son tour une réduction d’effectif d’environ 150 salariés en France et à l’étranger. En cause : une croissance ralentie et d’importantes pertes. Mais une lueur d’espoir brille néanmoins puisque Swile est enfin devenu rentable en annonçant son premier EBITDA positif depuis 2021.
Hasard de calendrier (et comme il faut parer à toute éventualité) Business Insider partage les 4 traits de personnalité qu’il faut avoir pour éviter de finir sur la liste des licenciements en cas de PSE. L’employé modèle invirable est donc une personne :
- Qui est fiable (comprenez « qui respecte ses deadlines et engagements »)
- Qui communique (comprenez « qui dit TOUT à son manager »)
- Qui résout les problèmes (comprenez « qui peut casser les pieds seulement si elle propose une solution »)
- Qui travaille bien en équipe (comprenez « qui donne envie de travailler avec elle »)
L’article précise néanmoins que posséder ces 4 caractéristiques n’est pas un totem d’immunité. Ils aident seulement à plaider en votre faveur rien de plus. Et en cas de licenciement, vous pouvez désormais plaider le désespoir sur LinkedIn pour retrouver du travail.