Un magazine Lucca

Pour s’emparer des enjeux RH de demain… mais aujourd’hui

L’heure H épisode #27 : L’enfer, c’est les autres

Et les références à Bref

Archive mars 2025

Et si, finalement, ce n’était pas avec le travail qu’on avait un problème, mais plutôt avec les gens qui s’y trouvent ? Après tout, les experts LinkedIn en management sont formels : on ne quitte pas une entreprise, on quitte son manager. Ces histoires de désengagement, perte de sens et autre désenchantement ne sont peut-être qu’une conséquence directe d’un facteur humain en décrépitude. Qui sait, peut-être qu’on aime travailler, mais l’entourage humain rend l’exercice parfois extrêmement pénible. 

Ce mois-ci, l’actualité RH n’avait pas besoin de gril pour nous donner un aperçu de l’enfer corporate, en nous rappelant que ce qui peut parfois arriver de pire à l’Homme, c’est l’Homme. Raison pour laquelle cette newsletter est garantie sans aucun pastiche de Bref, parce que c’était déjà pénible en 2012.

Management : la théorie du macaron

Les conseils en management en 2025 c’est comme un macaron. De loin ça a l’air délicieux, mais quand on croque dedans on se rend compte qu’il y a plus d’air que de matière, que c’est vite écoeurant et que les saveurs varient en fonction des modes. Prenez Tony Fadell, papa de l’iPhone et designer préféré de Steve Jobs (excusez du peu). Dans son livre baptisé « Build », il partage 5 conseils de management qui reposent sur son impressionnante carrière chez Apple, Nest et Google. Alors, prêts à en prendre plein la vue ? Les voici : 

  1. Ne vous forcez pas à devenir manager
  2. Ne craignez pas de vous faire dépasser
  3. N’oubliez pas de prendre des vacances
  4. Acceptez que les autres puissent aussi avoir des idées géniales
  5. N’abusez pas des avantages

 

Des conseils aussi inspirants qu’un post LinkedIn. Si votre cerveau n’a pas explosé sous le poids de la pertinence et de l’originalité (normalement non) vous aurez sans doute remarqué que le point 2 est quand même assez proche du point 4. Mais il faut chercher au-delà de ces formulations qui oscillent entre banalité et bon sentiment pour découvrir la vraie saveur des conseils prodigués par l’ex-chouchou de Steve Jobs. Par exemple : 

  • Ne vous forcez pas à devenir manager. Comprenez : les bons managers sont ceux qui n’ont pas pitié de leur équipe et qui la poussent toujours plus loin quand bien même les résultats sont bons. Une approche qui lui a valu le qualificatif « d’enfoiré », que Tony Fadell réfute au profit de « enfoiré porté par la mission ». 
  • Ne craignez pas de vous faire dépasser. Comme ça, si vous croisez quelqu’un de vraiment bon, vous pourrez le débaucher quand vous irez créer votre propre entreprise. Ce que Tony Fadell a fait avec Matt Rogers.

Management (encore) : c’est humain d’être une ordure

Face aux méthodes un peu brusques de Tony Fadell on pourrait se prendre à rêver d’un management « plus humain ». C’était sans compter sur Philippe Silberzahn, professeur de stratégie à emlyon business school et HEC Paris, qui piétine le reste de notre innocence en nous rappelant que cela ne veut strictement rien dire. Selon lui, cela traduit surtout une forme d’hostilité à la performance, que l’on juge volontiers toxique. Or, travailler dans des environnements exigeants peut s’avérer positif et stimulant, là où des managements sans exigence sous couvert de bienveillance peuvent aliéner les collaborateurs, ce qui en devient paradoxalement inhumain. Pour Philippe Silberzahn ces managements intransigeants (à la limite du tyrannique) ne sont pas faits pour tout le monde, mais ne sont pas inhumains pour autant

Une analyse qui omet quand même le fond du message du management « plus humain », à savoir être heureux de venir travailler sans avoir peur de prendre un taquet violent de son manager. Parce que l’exigence n’est pas la chasse gardée du management. La plus haute exigence, c’est parfois celle que les salariés ont envers eux-mêmes. L’exemple de Clinitex est particulièrement éclairant. Il s’agit d’une société de nettoyage de 4000 salariés. Les agents d’entretien n’ont pas de manager, ils s’organisent comme ils veulent, ils n’ont que deux échelons hiérarchiques avec le PDG Edouard Pick et l’eNPS de l’entreprise de 67. Pas besoin de changer la face du monde à base d’ambitions démesurées pour le révolutionner.

Justice partout, avantages nulle part

Pour bénéficier d’avantages supplémentaires à gogo en entreprise, l’astuce était simple, il suffisait d’avoir des enfants. Congés supplémentaires, priorité sur les vacances scolaires, télétravail plus souple, horaires plus flexibles, aide financière pour les baby-sitters en cas de grève, places en crèche… la parentalité est un Eldorado corporate. Mais la combine est aujourd’hui mise à mal par des collaborateurs sans enfants qui ont tiré la sonnette d’alarme : les avantages accordés aux parents c’est vraiment trop injuste. Et cette montée de sentiment d’injustice place les entreprises dans une position délicate. 

D’un côté, retirer ces avantages aux parents serait une perte sèche en performance : un parent qui doit s’absenter pour une grève à l’école, c’est avant-tout un collaborateur qui ne travaille pas. Mais de l’autre côté, maintenir ces avantages entretient l’injuste perçue par les salariés sans enfants et risque de les faire fuir. Ce sera aux entreprises d’arbitrer si l’égalité passe par accorder plus d’avantages aux uns, ou en retirer aux autres.

Écrire titre ici

Courrier Cadres nous propose une interview de Claire Vitoux, coach en organisation et en gestion du temps, pour apprendre aux managers comment gérer les procrastinateurs. On verra ça demain.

RATP : Rage Against The Plannings

Dans un monde où tout s’accélère et se modernise, il reste encore des constantes immuables, comme des méthodes traditionnelles pour râler contre les problèmes modernes. Le 14 février 2025, le trafic des RER A et B était perturbé par une grève des conducteurs, à l’initiative des syndicats La Base et FO-RATP.  En cause, le nouvel outil de gestion des congés et plannings des agents de la RATP déployé début décembre 2024. Orchidée (de son petit nom) avait déjà déclenché une alarme sociale en raison des désagréments provoqués. Entre autres, des agents se sont vu imposer des congés à des périodes qu’ils n’avaient pas demandées, ou encore ils ne pouvaient pas confirmer leurs prochaines vacances.

Bon courage les TAM

Poser les bonnes questions c’est tout un art. Sensibiliser au sujet, dans un contexte d’entretien d’embauche, est donc une intention louable. A l’instar de Welcome to the Jungle, qui partage 5 idées de questions à poser pour cerner le type de management dans l’entreprise. Même s’il y a fort à parier qu’à la question « Pourquoi la dernière personne à ce poste quitte-t-elle l’entreprise ? » la réponse ne soit pas toujours très honnête : 

« Oh bah vous savez, ici on adore le micro-management et les horaires flexibles, surtout quand il s‘agit de dépasser celles prévues par le contrat de travail. Vous vous doutez donc bien qu’elle a fait burn-out. »

Et puis en y regardant de plus près, ces 5 questions sont en fait extraites d’un ebook qui recense PLUS DE 40 QUESTIONS à poser en entretien d’embauche. Poser des questions en entretien est souvent perçu comme un signe d’intérêt porté à l’entreprise, mais à ce niveau-là ce n’est plus un entretien, c’est un interrogatoire. Finalement pour les TAM, l’enfer consiste peut-être à se faire mettre sur le gril par les candidats.

Bref, l’enfer c’est les autres (désolé).

S’inscrire à la newsletter

Tous les premiers lundis du mois, à 18H pile poil, L’heure H vous livre un condensé de tendances et actualités RH plus ou moins utiles, directement dans votre boîte de réception.