Un magazine Lucca

Pour s’emparer des enjeux RH de demain… mais aujourd’hui

L’heure H épisode #24 : Un exploit c’est simple comme…

... ne pas parler d'IA

Archive décembre 2024

Parfois les exploits sont flagrants et ostensibles, les Jeux Olympiques nous en ont servi plus que de raison. Mais parfois les exploits résident aussi dans ce qu’on ne voit pas. Prenez le livre « La Disparition » de Georges Perec, intégralement rédigé sans employer la lettre la plus utilisée de la langue française, le « e » (essayez, c’est très dur).

Ce mois-ci, l’actualité RH était saturée du sujet dont on parle quand on ne sait pas de quoi parler : l’IA dans les Ressources Humaines… Aujourd’hui nous allons réaliser l’exploit de bannir l’IA de cette revue de presse et devenir les Georges Perec des newsletter RH (essayez, c’est très dur) pour mettre en lumière d’autres tours de force autrement plus impressionnants.

Augmenter les salaires, sans les augmenter

Mauvaise nouvelle pour les employés du secteur privé, leur salaire n’augmentera pas beaucoup en 2025. D’après le cabinet de conseil en ressources humaines LHH, qui a mené l’étude, l’augmentation salariale médiane sera de 2,8% l’année prochaine, soit un recul de 0,7 point par rapport à 2024. Hasard de calendrier, le site Hello Workplace explique comment augmenter vos salariés sans les augmenter. Une cascade réalisée sans trucage par des professionnels, que vous pouvez reproduire chez vous. Si vous êtes effectivement dans la partie inférieure de l’augmentation médiane, mais que vous voulez que ça passe inaperçu, vous trouverez votre salut dans :

Hello Workplace donne quelques pistes pour vous inspirer : 

  • Aller au-delà des obligations légales pour les titres restaurant et la mutuelle
  • Payer certaines factures des salariés (gaz, électricité, téléphone, Internet…)
  • Prendre en charge les frais de mobilité
  • Accompagner à l’accès au logement
  • Proposer des solutions de garde aux parents
  • Soutenir les salariés aidants

Des anarchistes compétitifs

C’est l’histoire du boulanger qui sort ses salariés du pétrin. L’air affable et le visage buriné, Jean-Pierre Delboulbe a 54 ans, un nom de famille rigolo et il possède une boulangerie coopérative dans le Tarn-et-Garonne. Sa particularité ? Il a instauré la semaine de 4 jours pour les salariés, 10 semaines de congés payés, un salaire minimum de 2 000 euros net, une hiérarchie absente (physiquement et dans l’organigramme) et une Prime de Partage de Valeur annuelle pouvant aller jusqu’à 6000 euros. Tout ça sur fond d’embauche de personnel sans diplôme ni expérience. Pour l’anecdote, Jean-Pierre a étudié math sup, math spé à l’École nationale supérieure de chimie de Paris, puis il décide de tout plaquer pour vendre des gâteaux sur les marchés en 1997. La suite vous la connaissez.

Le résultat ? La coopérative prospère depuis plus de 20 ans dans un secteur où la norme consiste à travailler 8 heures par jour et 6 jours par semaine : les salariés sont contents, s’auto-gèrent, sont reposés et sur-engagés dans le projet. L’entrepreneur n’a qu’un seul KPI créé maison : le Bonheur Intérieur Brut (abrégé BIB, à ne surtout pas confondre avec le cubi de vin) des salariés. Tous les héros ne portent pas de cape.

Apaiser le débat sur les soft skills

Dans le sempiternel et très médiatique débat qui oppose les hard skills aux soft skills, il ne reste plus grand chose de neuf à dire. Sauf pour Catherine Monnin, Professeure associée et directrice du Centre de compétences en management & leadership. Elle pose le problème sous un nouvel angle avec un paradoxe : on recrute sur les compétences techniques, mais on licencie (ou met au placard) sur les compétences sociales. Elle propose donc d’ajouter aux KPIs des KBIs (Key Behavioral Indicators) pour valoriser autant les performances que les comportements dans les évaluations. 

Mais Catherine Monnin nuance elle-même ses propos en soulignant les limites de l’exercice :

  • Standardiser des comportements comme la collaboration ou l’engagement pour les évaluer, est-ce seulement réalisable ?
  • Le comportement sera-t-il sincère dès lors qu’il est évalué ?
  • La mesure du comportement incitera-t-elle les managers à se montrer plus intrusifs voire oppressifs ? 

 

On n’est pas plus avancés, mais ça reste un nouveau prisme de réflexion sur le sujet des soft skills.

Un chiffre qui dit tout et rien à la fois

Le triple lutz piqué de l’interprétation de pourcentage est signée Welcome to the Jungle qui partage un chiffre issu d’une récente étude LiveCareer.

Un chiffre qui soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses (belle performance) : 

  • Pourquoi comparer deux choses qui n’ont rien à voir ?
  • Pourquoi est-ce que ce chiffre a des allures d’une version corporate du jeu « Tu préfères… »
    • « Tu préfères laver tes vitres avec la langue ou qu’on te supprime tes titres restaurants ? », 
    • « Tu préfères te réveiller avec un orgelet à l’œil droit chaque matin ou perdre ta mutuelle d’entreprise ? », 
    • « Tu préfères apprendre que ton enfant souffre de dyspraxie, dyscalculie et de dyslexie ou qu’on te sucre tes RTT ? »
  • Cela veut donc dire que 57% des employés préfèrent la fin du télétravail à une rupture amoureuse, c’est plutôt bon signe présenté comme ça en fait non ?
  • Est-ce qu’on peut transformer ce chiffre en scénario de Black Mirror ? Où les salariés d’Amazon doivent choisir entre garder le télétravail ou leur conjoint ?

Rester dans l’entreprise, même quand on est parti

Bon… On va quand même parler un peu d’IA. Mais comme vous êtes seulement une poignée d’élites à lire cette newsletter jusqu’au bout, vous serez peu nombreux à découvrir la supercherie. Connaissez-vous le concept de « Fantôme Numérique » ? Ce sont tous les contenus que vous laissez quand vous quittez une entreprise : des présentations Powerpoint truculentes, une âpre négociation par email, un meme douteux ou une manière très spécifique de coder. Des productions qui témoignent de notre personnalité, de notre professionnalisme et de notre créativité. Fut un temps, ils devenaient des souvenirs. En 2024, ils deviennent de la matière à Machine Learning pour transformer votre « Fantôme Numérique » en un « Double Numérique » qui travaille à votre place.

C’est le moment de réfléchir à de nouvelles clauses à intégrer dans nos contrats, sur les données que l’on consent ou non à céder pour entraîner une IA. Voire créer de nouvelles compensations financières similaires aux clauses de non-concurrence. Parce que, véritablement, plus personne n’est irremplaçable.

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