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Pour s’emparer des enjeux RH de demain… mais aujourd’hui

L’heure H épisode #34 : Dégrisement d’Halloween

Au bouh du rouleau

Archive novembre 2025

Halloween c’est la période propice pour que les enfants jouent à se faire peur… mais avec l’âge la peur n’a plus rien de drôle, surtout quand elle s’immisce dans le travail. Et pourtant, la sphère professionnelle a succombé sans le savoir au marronnier horrifique.

Ce mois-ci, l’actualité RH avait des allures d’histoires qu’on se raconte au coin du feu pour glacer le sang des salariés. 

IA : horreur 404, rentabilité not found…

Le MIT a récemment publié un étude baptisée « The State of AI in Business 2025 », où l’on apprend que les investissements des entreprises américaines dans l’IA pour développer des outils maison ont doublé depuis 2023. Un gigantesque FOMO qui a quand même coûté entre 30 et 40 milliards de dollars au total. Mais, ô surprise, 95% de ces organisations ne constatent aucun retour sur investissement mesurable dans ces technologies. Pour expliquer ce chiffre, l’étude avance l’hypothèse du « Shadow AI » : 90% des collaborateurs utilisent des outils IA tous les jours au travail… mais ce ne sont pas ceux développés par leur entreprise, qui restent donc à l’état de pilote faute d’adoption. Pour ces salariés, l’IA est avant tout perçue comme un outil de productivité individuelle et non comme un levier de performance globale pour une entreprise.

… et productivité non plus d’ailleurs

Enfin… « outil de productivité » il faut le dire vite. Cette utilisation de l’iA a créé ce que la Harvard Business Review appelle le « workslop » (que nous avons choisi de traduire par « corpo-pourri ») : un contenu généré à la va-vite par IA, déguisé en bon travail, mais qui s’écroule dès qu’on gratte la surface. Autrement dit, le créateur du contenu s’acquitte de sa tâche en un temps record… mais la médiocrité du livrable force le destinataire à interpréter, corriger voire refaire entièrement le travail demandé. Et forcément, ça pèse financièrement sur les entreprises. 

D’après l’étude (toujours en cours) menée par BetterUp Labs et le Stanford Social Media Lab, les employés perdent en moyenne une heure et 56 minutes par mois à gérer du « corpo-pourri», soit une taxe invisible de 186 dollars. À l’échelle d’une entreprise de 10 000 salariés, dont 40% des collaborateurs sont concernés par le « workslop » en moyenne, cette perte de productivité coûte environ 9 millions de dollars par an. L’autre facette de cette taxe invisible c’est l’ambiance délétère que le «corpo-pourri» créé au sein de l’entreprise. Être un auteur de « worskslop » fait paraître moins créatif, capable, fiable et intelligent.

Le 996 ème cercle de l’enfer

 

Le 996 décrit un rythme de travail qui a émergé en Chine dans les années 2010 : travailler de 9H à 21H, 6 jours par semaine. En 2019, la jeunesse chinoise s’était élevée  contre cette pratique avec un mouvement contestataire, le Tangping (littéralement «s’allonger à plat»). Depuis 2021, la pratique est même devenue illégale en Chine. Mais c’était sans compter sur les tech bros de la Silicon Valley, toujours à l’affût des bons plans, qui ont remis la pratique au goût du jour. Laëtitia Vitaud qualifie cette résurgence de «Retour de la Hustle Culture», qu’elle décrit comme :

« Une culture du travail fondée sur l’idée qu’il faut travailler sans relâche (hustle), sacrifier son temps personnel pour réussir et faire du travail sa principale source d’identité et de valeur. »

Une approche performative du travail qui concorde avec le récent revirement de la Silicon Valley, passant d’idéaux progressistes et inclusifs à une revalorisation de « l’énergie masculine » dans le travail. Les fondateurs de startups se targuent désormais de dormir 4 heures, comme s’il s’agissait d’un badge de mérite dans la course au succès. Paradoxalement, ce narratif très entrepreneurial et libéral n’est plus si éloigné… de la propagande communiste. 90 ans plus tôt, Alekseï Stakhanov érigé en figure de proue de la productivité, donnait naissance au Stakhanovisme, la Hustle Culture soviétique originelle.

Mais cette valorisation du travail acharné reste pour l’heure une lubie de fondateurs de startups qui espèrent convaincre leurs salariés de consentir aux mêmes sacrifices. Parce que les salariés, la Hustle Culture, ça leur passe un peu par-dessus la tête notamment quand on sait que 82% des salariés sont prêts à changer d’entreprise pour une meilleure politique de parentalité.

Des bonbons ou du légal ?

Le 24 octobre dernier, la loi n° 2025-989 a été publiée, apportant son lot de modifications en matière réglementations pour les RH. Pour éviter de paraphraser l’excellent travail de synthèse de la juriste Loubna Tigroussine nous vous invitons tout simplement à consulter son poste qui liste les principaux changements à prendre en compte. Ce sera probablement le meilleur ROI de votre navigation LinkedIn.

Authenticité : cauchemar managérial

Peut-on être authentique quand on est un manager ? Ou plutôt, doit-on être authentique ? Courrier Cadres a posé ces questions au philosophe et sociologue Gilles Lipovetsky. Depuis les années 2010, l’authenticité, le vrai et la transparence ont émergé comme des modèles de vertu en réaction à la défiance que vouent les français envers leurs élites. Mais l’application stricte de l’authenticité en management n’est pas la solution pour autant selon Gilles Lipovetsky. Déjà parce que progresser en tant que manager suppose parfois d’aller contre sa nature pour renouveler ses pratiques et s’adapter à son équipe. Et ensuite, parce que rester fidèle à soi-même ne garantit pas la capacité à prendre de bonnes décisions pour l’équipe ou l’entreprise. Au contraire, l’authenticité doit s’accompagner d’une éthique de responsabilité pour savoir quoi dire, à qui, quand et comment le dire

Donc, managers… débrouillez-vous avec ça.

RH : terreur sur les réseaux

Les RH et les réseaux sociaux c’est parfois encore un combo périlleux.

Imaginons, votre DRH prend la parole sur LinkedIn pour faire un parallèle douteux entre le BDSM et la relation RH / employés, qu’est-ce vous ressentiriez en découvrant ledit post ? Et bien le patron d’Helen n’a pas eu à imaginer très longtemps.

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