Un magazine Lucca

Pour s’emparer des enjeux RH de demain… mais aujourd’hui

L’heure H épisode #33 : Le monde d’après est déjà là

Il est juste pas comme on l'imaginait

Archive octobre 2025

Retour vers le Futur 2 nous promettait une année 2015 plutôt excitante : des skateboards volants, des hologrammes publicitaires 3D et des chaussures qui se lacent toutes seules. À la place, on a eu Internet et son dernier rejeton «révolutionnaire» les IA génératives. C’est le même effet avec le monde du travail. Au sortir du COVID on nous promettait monts et merveilles avec le «monde d’après» : une organisation du travail plus respectueuse de notre vie personnelle, des nouvelles méthodes de management… Mais à force d’attendre que ces promesses se réalisent, nous n’avons pas vu les transformations qui s’opéraient sous notre nez

Ce mois-ci, l’actualité RH décrivait un monde d’après qu’on n’avait pas imaginé et, au passage,  qu’un futur fantasmé tombe souvent à côté de la plaque.

Recrutement & IA : entretien d’embûches

Évidemment qu’on va parler d’IA dans le monde d’après (enfin… d’aujourd’hui). Et plus précisément de l’impact de l’IA dans le recrutement aux États-Unis. Difficile de faire meilleur résumé que le chapô de l’article de The Atlantic baptisé «Job market is Hell» :

«Les jeunes utilisent ChatGPT pour rédiger leurs candidatures ; les RH utilisent l'IA pour les lire ; personne n'est embauché.»

C’est peut-être le stade terminal de la tension sur le marché de l’emploi. L’IA a créé un tel niveau de standardisation dans les candidatures et les critères de recrutement, que l’offre et la demande se croisent sans jamais vraiment se rencontrer. Une sorte d’escalier de Chambord de la vie professionnelle. D’aucuns diront «gna gna gna, c’est pas le faut à l’IA, c’est la faute à l’économie, gna gna gna», oui mais non. L’article précise que les indicateurs économiques sont positifs or,  il s’agit du taux d’embauche le plus bas depuis la crise des subprimes. Pour adresser le problème, l’article suggère d’employer une technique du monde d’hier dans le monde d’après : le réseautage à l’ancienne.

Et en parlant de pratiques du monde d’hier, retour dans l’hexagone où l’IA n’a pas autant inondé le marché du recrutement, nous offrant ainsi une bonne vieille erreur comme seuls les humains savent en faire. Une entreprise toulousaine a envoyé un email de refus groupé aux 340 candidats qui avaient postulé à un poste de chargé de communication en CDD. Jusque là tout va bien, l’entreprise prend au moins la peine de répondre mais… en oubliant de mettre les adresses email des candidats en copie cachée. Certains petits malins ont saisi l’occasion d’un «Répondre à tous» pour gratifier l’audience de leur plus belle répartie, jusqu’à une invitation collective à un apéro entre recalés. 

Ce serait pas arrivé avec l’IA, mais on aurait moins rigolé.

Licenciements : l’insoutenable légèreté des lettres

Et quand l’IA n’influe pas sur les recrutements, elle jette son dévolu sur les licenciements. Sam Altman a récemment prédit que des millions d’emplois sont menacés par l’IA. Seuls les métiers nécessitant de l’empathie, de la créativité et de l’interaction émotionnelle seraient préservés. Conséquence directe ou hasard complet, le cabinet de conseil Accenture a annoncé dans la foulée la suppression de 12 000 postes. Sont concernés les «employés incapables de s’adapter face à l’IA». Accenture affirme avoir déjà formé 500 000 employés à l’IA sur les 770 000 que compte l’entreprise. Autant de consultants qui n’écriront plus eux-mêmes des présentations Powerpoint que leurs clients passeront à la moulinette de l’IA pour ne pas avoir à les lire eux-mêmes. 

Mais dans le monde d’après, on peut licencier 12 000 salariés en un claquement de doigts, tout comme on peut compromettre un seul licenciement par manque de discrétion. Dans un TGV Marseille-Paris, une RH écrit par email qu’elle «n’apprécie pas particulièrement Sylvain» à la responsable hiérarchique de l’intéressé. S’ensuit une conversation téléphonique dans laquelle la RH annonce qu’elle souhaite licencier Sylvain pour faute grave… qui n’existe pas puisqu’elle précise  qu’il lui reste 3-4 jours pour trouver le motif. Avant de conclure qu’il aura « une belle surprise » à son retour de vacances. Mais c’était sans compter sur Miloud Lahmar, passager et témoin de la scène étudiant en droit. Il publie une vidéo sur TikTok qui réalise des millions de vues, retrouve ledit Sylvain, le prévient et ce dernier s’est mis en arrêt maladie. En espérant que cela ne joue pas d’avantage contre lui.

Dans le monde d’après d’aujourd’hui, n’importe qui peut être un Tiktokeur à succès témoin de vos méfaits.

Nouvelles bottes secrètes des congés payés

Dans la catégorie «futur qu’on n’avait pas vu venir mais okay c’est très bien» les congés payés viennent tout juste de se voir gratifier de deux améliorations significatives. Premièrement, un jugement de la Cour de Cassation stipulant qu’un salarié qui tombe malade pendant ses vacances a « le droit de voir son congé payé reporté ». Le deuxième est aussi un jugement de la Cour de Cassation qui vient officialiser une méthode de calcul pratiquée dans de nombreuses entreprises en matière de gestion des temps : les congés payés sont désormais comptabilisés comme du temps de travail effectif pour le calcul des heures supplémentaires.

L’inversion du cool et du ringard

Entre les néologismes et anglicismes, ou venir au bureau en chaussons, lequel est cool et lequel est ringard ? Si votre cœur penche pour les néologismes, désolé vous vivez encore dans le monde d’hier. La novlangue professionnelle épuise, agace, exclut et réduit la compréhension du propos. Elle irait même jusqu’à «saper la confiance des employés dans leur capacité à accomplir leurs tâches professionnelles.» Alors que les chaussons au bureau, ça c’est cool, ça met une bonne ambiance et c’est «culturellement inspiré de l’Asie», ce qui lui confère un petit aspect exotique supplémentaire. 

Moins de jargon, plus de chaussons.

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