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L’heure H Episode #37 : C’est pas du bordel…

... c'est de l'agilité

Archive février 2026

Fut un temps, on parlait de « parcours professionnel chaotique pour s’adapter à un monde du travail bordélique ». Aujourd’hui on dit « agilité de carrière ». Quand on vous demande d’être plus agile en entreprise, ça fait souvent référence à la « méthode agile », un mode de gestion de projet centré sur les cycles courts, la réactivité et la flexibilité. C’est une méthode bien définie et très codifiée. Alors, quand on vous invite à être « plus agile », mais sans les marqueurs de la méthode qui vont avec (scrum master, sprint, incrément, etc.), c’est qu’on essaie de vous la faire à l’envers. En réalité, on vous demande juste d’encaisser le bordel ambiant et de vous en dépatouiller dans un grand élan de « positivité toxique ».

Ce mois-ci, l’actualité RH testait notre agilité en nous envoyant du bordel au kilomètre.

Transparence des galères

Ce n’est pas un « chaos législatif de transposition d’une directive européenne dans le droit français », c’est de « l’agilité organisationnelle ».

La reprise des discussions au gouvernement sur la transparence des salaires laissait présager une première proposition de loi le 29 janvier. Mais en fait non. Le seul présage qu’il reste c’est celui d’un désastre organisationnel : 

  • Le gouvernement ne semble pas vouloir daigner accoucher d’un texte de loi de sitôt, mais plutôt faire des annonces au compte-goutte,
  • La date butoir de mise en conformité au 7 juin est maintenue… Mais la transposition ne sera peut-être pas complète, on sait pas, 
  • Ce doute laisse espérer un report mais la directive européenne est claire : les premiers rapports sur la transparence des salaires, qui devront être faits en 2027, s’appuieront sur les données de 2026,
  • Les entreprises doivent être en conformité avec un texte de loi qui tarde à voir le jour et elles ont de moins en moins de temps pour le faire.


Alors pour mettre les entreprises sur la voie de l’agilité, nous avons invité Sandrine Dorbes, experte des sujets de rémunération, pour déblayer cette directive européenne et ses impacts sur les entreprises. Parce qu’en l’absence d’un texte de loi, c’est cette directive qui fait foi. Pour écouter et/ou regarder ce podcast, il suffit de cliquer sur l’image.

Un phare dans la nuit du recrutement

Ce n’est pas un « retour aux sources pour sortir du marasme que l’IA a provoqué dans le recrutement », c’est de « l’agilité de détection des talents ».

Parfois, faire preuve d’agilité, c’est savoir quand retourner aux basiques du métier. En l’occurrence, se reposer sur la bonne vieille valeur étalon du recrutement : le diplôme. On en parlait dans la newsletter d’octobre dernier avec un article de The Atlantic qui résumait : « Les jeunes utilisent ChatGPT pour rédiger leurs candidatures ; les RH utilisent l’IA pour les lire ; personne n’est embauché. » Qu’à cela ne tienne, pour contourner la difficulté, 26% des entreprises américaines recrutent désormais exclusivement dans une liste restreinte de 30 universités (sur 4 000), contre 17 % en 2022 (étude Veris Insights). 

Mais pas sûr que ça garantisse la fiabilité du recrutement pour autant car la promotion 2026 des jeunes diplômés américains sera la première génération à avoir connu Chat GPT depuis le début de leurs études. Chassez l’IA elle reviendra au galop.

Dégoût de l’effort

Ce n’est pas une « crise de la vocation provoquée par l’épuisement professionnel, le stress et la compétition entre les salariés », c’est de « l’agilité d’ambitions ». 

Pour s’extirper d’une vie professionnelle accablante et stressante, les Millennials et la Gen Z se tournent désormais vers ce qu’ils appellent les « jobs chiants ». Comprenez « les métiers qui ne permettaient pas à nos parents de frimer auprès de leurs amis pendant le brunch du dimanche ». Parmi les jobs chiants les plus prisés on retrouve : plombier, électricien, comptable, hygiéniste dentaire, mécanicienQue des métiers utiles en fait et qui EN PLUS paient plutôt bien. Des jobs qui ne nécessitent pas de faire des posts LinkedIn pour justifier leur existence, qui sont en manque de main d’œuvre et qui permettent de préserver du temps libre et un semblant de vie sociale.

Réunion en bande désorganisée

Ce n’est pas un « bordel dans les prises de décisions » c’est de « l’agilité d’incertitude ».

Bon, ce n’est pas la première fois que vous en entendez parler, mais les réunions continuent de taper sur le système des salariés. Les français participent à 4,3 réunions par semaine en moyenne (attention c’est précis) mais seulement 1 réunion sur 4 aboutit à une prise de décision et 1 réunion sur 2 est jugée productive (ou improductive si vous êtes du genre à voir le verre à moitié vide). Pour éradiquer ce fléau, on constate deux axes d’optimisation dans les entreprises : 

  • Supprimer des réunions
  • Raccourcir la durée des réunions


Or, cette dernière pratique peut s’avérer assez contre-productive. D’après le chercheur et vulgarisateur scientifique Mehdi Moussaïd, les réunions qui aboutissent statistiquement aux meilleures prises de décisions, sont celles où la parole est équitablement répartie entre tous les participants. Donc si vous êtes 30 réunis autour de la table, n’essayez pas de comprimer la séance à 30 minutes pour faire gagner du temps à tout le monde. Ce que vous gagnez sur la réunion, vous le perdrez à rattraper péniblement les conséquences d’une mauvaise décision.

Les maux de l’année

Ce n’est pas un « foutoir dans les mots de l’année », c’est de « l’agilité sémantique ».

Non seulement personne ne semble vouloir s’entendre sur « le mot de l’année » qui qualifie le mieux 2025, mais en plus, chaque mot sélectionné s’accompagne de son petit lot de bordel. Ce n’est donc pas donc pas un, ni deux… mais bien trois mots de l’année que le mois de janvier nous a servi sur un plateau : 

  • Slop pour The Economist – Le mot veut dire littéralement « bouillie » et fait référence au travail bâclé et médiocre généré par IA et qui sollicite l’agilité de notre tolérance. 
  • Rage Bait pour l’Université d’Oxford – Si vous avez déjà commenté un post LinkedIn parce que son contenu vous énervait et que vous avez ressenti le besoin compulsif d’en découdre avec son auteur, c’est que vous êtes tombé dans un Rage Bait. Un vrai test pour l’agilité de notre résilience.
  • Parasocial pour le Cambridge Dictionary – Le concept décrit un lien de proximité qu’on ressent envers une personne célèbre qu’on ne connaît pas, ou… une intelligence artificielle. Un dernier mot qui n’appelle pas à se situer sur l’échelle de l’agilité, mais qui interpelle tant son potentiel de bordel dans les schémas mentaux des interactions sociales est prometteur.

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