Même si parfois c'est bien
Si les startups se targuent d’embaucher les plus gros cracks du marché, leurs pratiques en matière de gestion des ressources humaines sont plus discrètes. Avec une croissance structurée autour de la tech, des ventes, du marketing et de la finance, l’embauche d’un “Chief People Officer” descend en bas de l’échelle des priorités. Le sujet revenant souvent dans le giron d’un CEO déjà bien occupé à tout gérer.
Mais est-ce que le modèle porte ses fruits ? Réponse courte : pas franchement. Réponse longue : alors ça dépend, mais en fait pas franchement.
Startup et Tremblements
Ah les startups, leurs business model innovants, leur organisation du travail cool et flexible, leurs salaires mirobolants et… leurs harcèlements moraux, discriminations et licenciements abusifs ? C’est le tiercé perdant des pratiques douteuses pointées par Challenges dans un article baptisé “Sous les paillettes des startups, la violence sociale”. Des pratiques qui “pullulent” dans les startups d’après Elise Fabing, avocate au barreau de Paris et du mouvement “Balance ta Startup”.
L’avocate épingle un culte des “Patrons Gourous”, les menaces d’atteinte à la réputation si les collaborateurs ne se dévouent pas corps et âme au travail et les licenciements de salariés actionnaires fréquents… disons… à la veille d’une levée de fonds. Son principal conseil : conserver une trace écrite de tout (email, texto, tchat etc.) et profiter de l’amateurisme administratif de ces jeunes pousses pour en exploiter les failles :
Je viens de faire une demande de rappels d'heures supplémentaires pour 700.000 euros. L'entreprise a transigé à 500.000
Élise Fabing Tweet
“Hasta la vista, baby foot” - Licenciator 2
Il n’y a pas que le secteur de l’énergie qui est concerné par “la fin de l’abondance”. Back Market, la deuxième plus grosse startup française, a annoncé début 2023 une suppression de 93 emplois dont 63 en France. Une vague de licenciements dans le secteur de la tech qui prend des allures de tsunami à l’échelle mondiale avec 80 000 licenciements en 2022 et 134 000 suppressions de postes depuis le début de l’année 2023. Parmis les plus importants plans de départ on retrouve :
- Amazon : 18 000 employés licenciés
- Google : 12 000
- Meta : 11 000
- Microsoft : 10 000
- Salesforce : 8 000
- Uber : 6 700
- Twitter : 3 700 (probablement les plus médiatisés depuis le rachat par Elon Musk)
Ironie de l’histoire, la liste des entreprises certifiées “Top Employers 2023” vient de paraître. Parmi elles, on retrouve… Amazon France.
Ça va les privilégiés ? On ne vous dérange pas trop ?
Mais parfois les startups c’est quand même cool avec leurs avantages salariés “improbables” comme les qualifie le Figaro. (Et non, pour la dernière fois, le babyfooot, la table de ping pong et le panier de fruits ne sont pas des avantages salariés). Ces avantages ratissent large : la mobilité en télétravail, pouvoir plaider son salaire (oui c’est chez nous), le défraiement des déplacements à pied ou encore une année sabbatique rémunérée tous les sept ans de travail.
Mais un avantage salarié exotique, c’est comme le rock’n’roll : les premiers à le pratiquer passent pour des excentriques, jusqu’à ce que tout le monde s’y mette.
Franchement, aucun effort
Rassurez-vous (façon de parler), ce rapport morose au travail n’est pas la chasse gardée des startups, comme le montre une nouvelle étude de l’institut Ifop pour la Fondation Jean Jaurès : les français accorderaient de moins en moins d’importance au travail. D’après l’étude, seul un salarié sur cinq estime que le travail est « très important » contre 60% en 1990. Autre revirement, les salariés sont deux fois plus nombreux qu’il y a 15 ans à préférer avoir davantage de temps libre contre un salaire moins élevé.
Si le sujet de notre rapport au travail vous interroge et/ou vous passionne, la série de reportages « Work in Progress » de Samuel Durand devrait vous apporter du grain à moudre (il paraît même qu’une chouette boîte qui édite des logiciels RH sponsorise le 3ème épisode).