Un magazine Lucca

Pour s’emparer des enjeux RH de demain… mais aujourd’hui

L’heure H épisode #25 : Le mot de Cambronne

« Merde ! »

Archive janvier 2025

Il n’y a pas meilleure satisfaction puérile que de lâcher publiquement un juron en se réfugiant derrière l’immunité d’une justification circonstanciée. L’auteur de ces lignes, par exemple, prenait un malin plaisir à justifier l’emploi d’un vocabulaire fleuri grâce à l’adage bien connu des cours de récréation : « C’est pas un gros mot si c’est dans le dico ». Alors laissez-nous vous présenter son équivalent corporate : « C’est pas Black List, si c’est dans The Economist ».

Avant de poser un pied hésitant en 2025 (celui qui porte bonheur), l’actualité RH rendait hommage à l’altercation entre Cambronne et Colvile à Waterloo en nous donnant beaucoup d’occasions de saisir le plaisir puéril et coupable de lâcher un petit « merde ! » par-ci par-là (parce que c’est dans The Economist, alors on a le droit).

La Gloire de mon Pire


Pour qualifier l’année 2024 dans sa globalité, c’est un autre mot qu’a choisi The Economist (même si les plus facétieux considéreront qu’il s’agit du même champ lexical). Il s’agit du terme kakistocratie, littéralement, « le pouvoir des mauvais ». Un terme popularisé en France par la chercheuse en science du changement Isabelle Barth, pour qui l’entreprise est une fabrique de l’incompétence qui s’auto-entretient. Mais le choix de The Economist n’est pas motivé par une envie de rendre hommage à Isabelle Barth et dépassé le cadre même de l’entreprise. C’est parce que le mot « kakistocratie » a fait trois percées historiques sur Google Trends fin 2024, toutes liées à la réélection de Donald Trump.

« Flip the bird » : Angers vole dans les plumes de Twitter

Plus grande fortune du monde, récemment nommé à la tête du département de l’efficacité gouvernementale aux Etats-Unis, capable d’influencer le cours des élections en Europe et notamment en Allemagne, qui peut aujourd’hui tenir tête à Elon Musk ? Et bien la ville d’Angers. Angers a pu dire « merde ! » à Elon Musk. Et plus précisément le conseil de Prud’hommes d’Angers

En fin d’année 2024, Elon Musk se vantait d’avoir licencié 80% des effectifs de X (ex-Twitter) après l’avoir racheté en 2022. Des licenciements déguisés en démissions puisque l’entrepreneur avait envoyé un email à tous les employés en novembre 2022. Si ces derniers voulaient rester, ils devaient cliquer sur un lien et accepter de travailler de manière « hardcore ». Pour les employés qui n’avaient pas cliqué, X leur annonçait leur démission deux jours plus tard. Mais certains de ces salariés résidaient en France et l’un d’entre eux était concerné par ce licenciement-démission. Et en France, on ne rigole pas trop avec le droit du travail. Le conseil de Prud’hommes d’Angers a rappelé que la démission devait être un « acte libre du salarié » et a condamné X pour licenciement abusif. La société n’a pas fait appel, reconnaissant de fait la nature abusive de la pratique.

Faux licenciements, vrai shitstorm

Début décembre, internet s’est emballé autour d’une actualité particulièrement invraisemblable. YesMadam, une entreprise tech indienne dans le secteur de la beauté, a réalisé une enquête d’engagement collaborateurs qui a révélé un niveau de stress important chez certains employés. Pour résoudre le problème, YesMadam a décidé de traiter le problème à la racine en supprimant la source de stress chez ces employés. C’est-à-dire leur travail. Quelques jours après l’enquête, ils ont reçu un email du service RH leur annonçant que, pour remédier à la situation, l’entreprise les licenciait.

Mais peu de temps après, retournement de situation, YesMadam a joué la carte « haha on vous a bien eu, en fait c’était une blague ! ». L’entreprise a publié un communiqué sur LinkedIn stipulant qu’ils s’agissait en réalité d’une cascade marketing (visiblement sans filet) pour sensibiliser au sujet du stress au travail. Les salariés stressés ne seront pas licenciés mais bénéficieront de congés anti-stress, de massages et de spas gratuits. Évidemment, Internet a très bien réagi en apprenant la supercherie alors tout est bien qui fini b… « Haha on vous a bien eu, c’était une blague », les gens sont quand même très en colère que l’entreprise s’offre une campagne de communication aussi maladroite sur le dos d’un enjeu de santé publique.

Jamais contentes ces entreprises

Après la vague de panique créée par « La grande démission », aujourd’hui c’est le phénomène inverse qui inquiète les entreprises : « The Great Stay ». La tendance est principalement observée aux Etats-Unis où le pourcentage des départs volontaires est passé sous la barre des 2% pour la première fois depuis 2015. Les salariés se sentent pris au piège car le marché de l’emploi ralentit et préfèrent s’accrocher à leur poste. Ils restent mais par obligation et non par envie. Ce qui crée des baisses de performances dans les entreprises et entretient le manque d’opportunités sur le marché de l’emploi. Résultat, 17% des salariés qui ont changé d’emploi récemment ont connu une baisse de salaire.

Quatre vérités, zéro risque

Vous rêvez de dire « merde ! » à votre manager ou votre patron sans jamais oser le faire ?  Ça tombe bien, il existe un business pour çaOCDA est une société qui permet aux employés de partager les griefs qu’ils ont à l’égard de leur N+quelque-chose. Il leur suffit de remplir un formulaire sur le site d’OCDA en exprimant le fond de leur pensée, comme s’ils s’adressaient à la personne visée.  Un messager vient ensuite physiquement dans l’entreprise pour délivrer le message à voix haute à qui de droit, de manière anonyme. Cerise sur le gâteau, les propos ne sont absolument pas transformés.

C’est sympa mais pas impressionnant pour autant. Chez Lucca, c’est notre PDG qui préfère tendre le bâton pour se faire battre directement. Et ouais.

Au diable la diplomatie

Si vous trouvez que les négociations diplomatiques ont des résultats décevants sur votre augmentation de salaire annuelle, il est peut-être temps de changer de méthode. Suivez le guide.

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