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Organisation du travail

Semaine de 4 jours : des lendemains qui déchantent

Temps de lecture : 3 minutes

La crise de la COVID a remis le concept de la semaine de 4 jours sur le devant de la scène. Des gouvernements veulent en faire une arme anti-crise pour relancer l’économie (Nouvelle Zélande) ou réduire le chômage (Espagne). Des entreprises de toutes tailles et de tous secteurs souhaitent la mettre en place pour gagner en efficacité et répondre aux attentes de leurs salariés en mal d’équilibre vie pro/vie perso.

Ces promesses sont séduisantes, mais comment se traduisent-elles sur le terrain ?

Dans les faits, la forme que prend la semaine de 4 jours dépend de son objectif :

  • Partager le travail pour lutter contre le chômage

L’entreprise réduit le temps hebdomadaire de travail de chaque salarié dans le but de recruter. Ici, deux cas de figure :

  1. la rémunération des salariés baisse proportionnellement (c’est le principe du travail à temps partiel),
  2. le montant des salaires ne change pas, ce qui implique une baisse du bénéfice de l’entreprise, une augmentation des tarifs des services ou produits commercialisés ou la nécessité d’accroître rapidement le nombre de clients… Cette option semble peu réaliste sur des marchés ultra-concurrentiels ou en l’absence d’exonérations de charges pour l’employeur. 
  • Gagner en capacité de production

La société Yprema dit quant à elle gagner 1 mois de production annuelle avec la semaine de 4 jours. Ici, pas de baisse du temps de travail, l’entreprise rationalise la production. Les salariés réalisent 35 heures sur 4 jours et choisissent leur journée “off” de sorte à se relayer pour que l’entreprise reste ouverte 5 jours. Les journées de travail sont mathématiquement plus longues et le matériel de production tourne en moyenne 1h30 de plus chaque jour. 

Ce “temps plein aménagé” n’est toutefois pas compatible avec tous les métiers (services, support,etc.). Et tous les salariés ne peuvent pas finir plus tard ou commencer plus tôt (contraintes familiales, transports, etc). Pour preuve, 20% des effectifs Yprema restent à un rythme traditionnel de 5 jours par semaine, tout comme ⅓ des collaborateurs de Welcome to The Jungle.  

  • Attirer et fidéliser les talents

Qui n’est pas séduit à l’idée d’avoir un jour supplémentaire par semaine à consacrer à sa famille ou à ses hobbies ? La semaine de 4 jours est un possible levier pour la marque employeur, à condition que la charge de travail soit ajustée au nouveau rythme de travail (28h, 32h, 35h) et que l’employeur prenne des mesures pour limiter les effets de bord.

Les entreprises qui concentrent 35h sur 4 jours observent des dérives qu’elles n’avaient pas anticipé. Certains salariés réduisent par exemple leur temps de repos et de pause, entraînant défaut de concentration et dysfonctionnements au sein des équipes. D’autres travaillent sur les journées “off” pour arriver à tout faire et augmentent ainsi les risques psychosociaux. Rappelons que les heures supplémentaires doivent être payées ou récupérées, avec majoration.

La semaine de 4 jours ne fait toutefois pas l’unanimité chez les salariés : 10% des effectifs de Welcome to The Jungle préféreraient davantage de congés payés. Tandis que les DRH opteraient plutôt pour la mise en place d’horaires plus flexibles (70%), du télétravail (66%) ou des congés sabbatiques (59%)*.

Résumons :

  1. Pour être économiquement viable, la semaine de 4 jours doit (selon sa forme) s’accompagner d’une baisse de la rémunération des salariés, d’une exonération de charges sociales ou d’une hausse des prix des services ou produits,
  2. Passer à la semaine de 4 jours n’est pas toujours synonyme de réduction des temps de travail (condenser 35h sur 4 jours n’équivaut pas à réduire le temps de travail de 20%),
  3. Concentrer ou réduire les temps de travail n’est pas possible pour tous les métiers ou salariés,
  4. L’employeur doit revoir la charge à la baisse s’il réduit le volume de travail et prendre des mesures pour préserver la santé de ses salariés dans le cadre d’un temps plein aménagé,
  5. Les salariés et DRH sont davantage séduits par la flexibilité des horaires, le télétravail ou l’accès à plus de congés.

On comprend ainsi mieux pourquoi peu d’entreprises pérennisent la pratique de la semaine de 4 jours passé la phase d’expérimentation. Fleury Michon, Treehouse ou encore Telerama ont préféré abandonner devant la complexité organisationnelle de la réorganisation des temps de travail. 

L’exercice n’est pas plus simple du côté des PME ou startup. Jérémy Clédat, fondateur de Welcome to The Jungle, expliquait dans le podcast Travail (en cours)  avoir rectifié à plusieurs reprises le cadre de la semaine de 4 jours au sein de son organisation. Pour lui, la mesure prendra même plusieurs années avant d’être réellement ancrée. 

En somme, mettre en place la semaine de 4 jours équivaut à gravir le Mont Blanc par la face Nord. Prêts à chausser vos crampons ?

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