Les congés illimités, c’est du flan

Congés et absences
Temps de lecture : 8 minutes

En 2025-2026, la tendance des congés illimités reste marginale en France, contrairement aux États-Unis ou à certains pays scandinaves. Cependant, face aux enjeux de rétention des talents et à la popularité croissante du télétravail, certaines PME et startups réexaminent cette pratique, bien que les défis organisationnels et juridiques restent importants.

L'article en 1 minute

  • Les congés illimités offrent une image attractive (confiance, QVT, marque employeur), mais présentent des défis juridiques et organisationnels majeurs en France.
  • Le Code du Travail impose 5 semaines de congés payés minimum : les congés illimités sont des jours au-delà de ce seuil légal, à respecter équitablement pour tous.
  • Les congés illimités ne peuvent fonctionner que dans de petites structures avec peu de dépendances hiérarchiques et des métiers sans présence continue obligatoire.
  • Sans conditions claires (objectifs atteints, accord de l’équipe, délai de prévenance), les congés illimités génèrent du surmenage, des troubles psycho-sociaux, et une cohésion réduite.
  • Une étude récente montre que 50 % des entreprises ayant adopté cette politique l’ont révisée, car les salariés en prennent souvent moins que les congés légaux, par peur de nuire à leur carrière.

Allez à l'essentiel

Obtenez un résumé clair et structuré pour repérer rapidement les points clés.

Sommaire de l'article

Tableau des enjeux et conditions des congés illimités

Dimension

Enjeux/Risques

Conditions de succès

Juridique

Non-conformité Code du Travail, discrimination si appliqué sélectivement

Appliquer à tous ou à une catégorie déterminée ; offrir au minimum 5 semaines légales

Organisationnel

Continuité de service, couverture des postes, cohésion d’équipe

Structure petite, métiers sans présence continue obligatoire, outils numériques

Psychologique

Paradoxe : salariés en prennent moins par peur ; risque burn-out si objectifs inatteignables

Encadrement clair, objectifs réalistes, culture de confiance véritable

RH/Paie

Gestion administrative complexe, calcul des droits à congés en cas de départ

Logiciel RH approprié, documentation claire des conditions

Image de marque

Attrait pour talents, perception positive, mais effet inverse si mal géré

Communiquer clairement les vrais bénéfices et les conditions ; éviter le greenwashing

Les risques juridiques des congés payés illimités

Le Code du Travail impose aux employeurs de faire bénéficier leurs salariés de 5 semaines de congés payés par année travaillée. A cela s’ajoutent les RTT pour les salariés réalisant plus de 35 heures par semaine, les congés spéciaux (congé parental, décès, sabbatique…) ou encore les congés autorisés par le droit local ou des conventions collectives et accords de branche. Pour mettre en place les congés illimités dans une entreprise française, il faut donc offrir des jours d’absences supplémentaires aux congés prévus par la loi.

Cette pratique est autorisée. Elle doit néanmoins concerner l’ensemble des collaborateurs ou une catégorie déterminée d’entre eux pour respecter le devoir d’égalité de traitement et de rémunération entre les salariés. A défaut, un salarié serait en droit, en cas de conflit prudhommal de jouer l’argument de discrimination. 

Les limites organisationnelles d’une politique de congés illimités

Les congés illimités sont principalement mis en place dans des petites structures qui présentent peu de niveaux hiérarchiques et qui vantent leur esprit “start-up” (ex: PopChef, Yes We Dev, Indeed). Cette politique concerne des métiers qui ne nécessitent pas un temps de présence continu, indispensable à l’activité de l’entreprise (ex : chargé d’accueil, responsable de SAV, métiers sur site de production).

Le télétravail et le travail hybride complexifient davantage la gestion des congés illimités. Quand certains collaborateurs travaillent à distance, gérer les absences pour préserver la cohésion d’équipe et assurer la continuité de service devient encore plus difficile. Des outils numériques (outils de booking, calendriers partagés, logiciels RH) aident à mieux piloter, mais ne règlent pas les enjeux psychologiques fondamentaux.

Des congés illimités soumis à conditions

La prise des congés illimités ne peut être totalement libre pour ne pas entraver le bon fonctionnement de l’entreprise.

Les entreprises comme Yes We Dev, Indeed ou encore PopChef ont par ailleurs mis en place des conditions d’accès pour bénéficier de congés au delà du seuil légal :

  • les objectifs individuels doivent être atteints à 100%,
  • le reste de l’équipe doit donner son accord pour des congés longs,
  • le salarié doit avoir au moins 2 ans d’ancienneté,
  • le nombre de jours de congés supplémentaires est limité,
  • le salarié doit respecter un délai de prévenance.

Les dérives des congés illimités

Les adeptes des congés illimités vantent les atouts de cette pratique pour la Qualité de Vie au Travail et la marque employeur. Une telle politique est en effet populaire chez les salariés qui y voient une marque de confiance de la part de leur employeur et un moyen d’obtenir un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Ce que l’on sait moins, c’est que les congés illimités peuvent aussi augmenter le risque de troubles psycho-sociaux chez les salariés : 

  • diminution de la cohésion d’équipe due à des absences trop fréquentes, 
  • course à la performance pour atteindre ses objectifs individuels au plus vite au détriment des temps de repos légaux,
  • fixation d’objectifs inatteignables provoquant des situations de surmenage ou burn out,
  • etc.

Des études récentes montrent que, sans encadrement clair, les congés illimités génèrent souvent un paradoxe : les salariés en prennent moins que les congés légaux, par crainte de nuire à leur image ou à leur carrière. Une étude de 2024 indique que 50 % des entreprises ayant adopté cette politique ont dû la réviser ou l’abandonner, face aux problèmes de gestion et de bien-être réel.

Une politique de congés payés illimités est ainsi à double tranchant. Derrière le coup marketing, les réalités rendent ce type de dispositif complexe à maîtriser. 

Une approche plus équilibrée gagne en popularité : proposer une flexibilité encadrée (ex. : 30 jours minimum, avec possibilité de négocier au-delà selon la performance et la situation personnelle) plutôt que des congés totalement illimités. Cela préserve la confiance tout en maintenant des garde-fous juridiques et organisationnels.

Pour aller plus loin, nous vous invitons à écouter le podcast de Samuel Durand, « Working Less », qui aborde, entre autres, les avantages et les inconvénients des congés illimités :

Questions fréquentes sur les congés illimités

Les congés illimités sont-ils légaux en France ?

Oui, sous conditions. Les congés illimités sont des jours supplémentaires aux 5 semaines légales prévues par le Code du Travail. Cette pratique est autorisée, à condition d’être appliquée à l’ensemble des collaborateurs ou à une catégorie déterminée, pour respecter l’égalité de traitement.

C’est le paradoxe des congés illimités : sans règles explicites, les salariés craignent que prendre beaucoup de congés ne nuise à leur image, leur carrière ou leur évaluation. Ils s’auto-censurent par peur de paraître peu engagés, même si l’entreprise prétend leur faire confiance.

Les congés illimités conviennent surtout aux petites structures avec peu de niveaux hiérarchiques et aux métiers sans présence continue obligatoire (consultants, développeurs, chargés de projet). Ils fonctionnent mal dans les métiers d’accueil, SAV, production, ou tout contexte où la présence physique est critique.

  • Auto-censure et stress : crainte de prendre des congés
  • Burn-out : objectifs inatteignables pour « mériter » les congés
  • Cohésion réduite : absences trop fréquentes fragmentent les équipes
  • Inégalité cachée : certains osent en prendre, d’autres non

Related posts

Quelle est la durée minimale d'un arrêt maladie ?

Congés et absences

Congés payés acquis avant un congé parental, quelle est la règle ?

Report des congés payés en cas d’arrêt maladie : ce qui change

Congés et absences

Congés payés et heures supplémentaires : ce qui change au 10 septembre 2026

Congés et absences