Présent en France depuis 1909 et d’une durée plus ou moins longue selon les pays (de 12 à 20 semaines), le congé maternité semble aujourd’hui une évidence pour les femmes des pays de l’OCDE. Toutes ? Pas exactement : les Etats-Unis n’offrent pas cet avantage, pourtant recommandé par l’Organisation Internationale du Travail.

Les américaines ont bien la possibilité de prendre un congé légal pour des « raisons familiales », mais elles ne sont pas rémunérées durant cette période. En outre, pour pouvoir disposer de ce dispositif, elles doivent se prévaloir d’un an d’ancienneté à temps complet et l’entreprise doit comptabiliser plus de 50 salariés.

Comme l’indique Steve Wisensale, professeur à l’Université du Connecticut et spécialiste des politiques familiales, cette absence de congé est en lien direct avec l’histoire et la culture des Etats-Unis : « La culture américaine met l’accent sur la liberté et la responsabilité des individus. On ne pense pas au collectif de la même façon qu’en Europe. Chacun est éduqué dans l’idée qu’il doit prendre soin de lui-même, que ce n’est pas le gouvernement qui doit vous aider ».

Toutefois, les mœurs nord-américaines semblent évoluer sur le sujet. La ville de San Francisco a adopté, le 6 avril dernier, une loi qui obligera les employeurs, dès 2017, à faire bénéficier leurs salariées d’un congé maternité de 6 semaines, sans perte de salaire.

San Francisco et sa réforme sur le congé maternité

Aux Etats-Unis, seulement cinq états ont opté pour une législation en faveur d’un congé maternité rémunéré (ce montant est plafonné à 55 % du salaire).

Parmi eux la Californie, dans laquelle la ville de San Francisco fait une fois encore figure de précurseur en termes de protection des salariés et de droit social en étant notamment la première ville à opter pour un salaire minimum à 15 dollars, mesure qui s’étend peu à peu à tout le pays.

Si en France les femmes ont le droit à 16 semaines de congé maternité payées à 100%, ces 6 semaines accordées aux jeunes parents californiens à partir de 2017 sont bien évidemment un grand pas pour les Etats-Unis, et vont sans doute trouver écho dans d’autres états.

Une influence de la Silicon Valley ?

Avant la ville de San Francisco, certaines entreprises avaient déjà pris parti en offrant un congé maternité à leurs salariés.

Parmi elles, on peut citer Yahoo, Google, Facebook ou NetFlix. NetFlix, qui pratique déjà une politique RH bien particulière par rapport aux absences (cf. notre article « Chez NetFlix, les congés sont-ils aussi à la demande ? »), va encore plus loin, en offrant désormais à ses salariés, femmes ou hommes, jusqu’à un an de congé parental payé pour l’arrivée d’un nouvel enfant.

Le groupe explique ainsi sur son blog qu’il introduit « une politique de congé illimité pour les nouveaux parents, qui leur permet de prendre autant de temps qu’ils veulent la première année suivant la naissance ou l’adoption d’un enfant » et précise que « les parents peuvent revenir à temps partiel, à plein temps, ou revenir et repartir (en congé parental) comme ils en ont besoin. Nous continuerons de les payer normalement ».

C’est donc une véritable révolution qui est en train aujourd’hui de chambouler la business culture des États-Unis, quand on sait que 25% des mamans américaines retournent au travail seulement deux semaines après la naissance de leur enfant.

Mais comme l’affirme Susan Wojciki, ex-directrice marketing de Google et actuel CEO de YouTube, de tels avantages permettent aussi de fidéliser les salariés. « Vous êtes mieux préparé à retourner au travail lorsque vos enfants sont plus vieux et qu’ils dorment mieux…» a-t-elle déclaré dernièrement lors d’une conférence. Un congé maternité bien rémunéré favorise le maintien de salariées dans l’entreprise. Chez Google, le passage du congé maternité de douze à dix-huit semaines s’est traduit par une diminution de 50% du taux de démission chez les jeunes mamans.

Beaucoup d’entreprises de la Silicon Valley l’ont bien compris : c’est en soignant leurs employés, en les comprenant et en investissant sur eux qu’elles réussissent à garder les meilleurs éléments… et à en recruter de nouveaux.

Comme nous l’avions déjà remarqué dans notre article sur la genèse des congés payés en France, les entreprises ne sont donc pas nécessairement réfractaires aux évolutions du droit social.

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